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23/07/2012

Crise post-électorale: Voici pourquoi philippe Mangou a abandonné Gbagbo

Les partisans de Laurent Gbagbo le considèrent comme un traitre à la cause de leur champion. Les mêmes ne seraient pas malheureux de voir l’actuel Ambassadeur de Côte d’Ivoire au Gabon finir sa vie dans une cellule de la prison de la Cpi. Parce que, en pleine crise post-électorale et alors que les pro-Gbagbo le croyaient au front, Philippe Mangou, quelques jours après la bataille d’Abidjan et dans les heures qui ont suivi les premiers bombardements de l’Onuci et de la force Licorne, a été aperçu plutôt dans le salon de la résidence de l’Ambassadeur d’Afrique du Sud en Côte d’Ivoire. Avant de se retrouver au Golf hôtel, aux côtés de «l’ennemi ». «L’Eléphant Déchaîné» a remonté l’histoire et découvert les raisons qui ont poussé Philippe Mangou à abandonner Laurent Gbagbo, en pleine guerre.


LA RENCONTRE SECRèTE ENTRE GBAGBO ET MANGOU

Dimanche 13 mars 2011, 24 heures 30 minutes, résidence officielle de Laurent Gbagbo. L’ancien chef d’état-major arrive et s’enferme dans un bureau avec son chef. C’est que Mangou, après recoupement de plusieurs informations de sources militaires proches de l’Onuci et de la Licorne, a compris que la bataille est perdue d’avance et que l’entêtement de Gbagbo est un suicide. Après s’être concerté avec quelques-uns de ses plus fidèles collaborateurs, il avait pris la résolution de parler à Gbagbo, lui transmettre les informations en sa possession et le dissuader de continuer à résister. Dans le petit bureau où ils se sont enfermés, l’atmosphère est lourde, Mangou sent Gbagbo très fatigué et pense que c’est le moment ou jamais de le convaincre. Gbagbo lui demande les nouvelles du front : « Monsieur le président, je suis venu vous dire que la situation ne se présente pas au mieux pour nous. Il faut arrêter pendant qu’il est encore temps. Sur le terrain, malgré toutes les promesses, je ne sens pas les troupes prêtes à se battre véritablement. Vous savez que moi, je vous resterai toujours fidèle. Nous pouvons nous retirer pour mieux revenir dans cinq ans. Choisissez dans votre camp, les personnes que vous considérez comme les plus sûres, les plus fidèles, moi, y compris. Il faut au moins cinq cents personnes. Nous partons tous en exil avec vous et dans cinq ans, nous revenons au pays pour vous aider à reprendre le pouvoir par les urnes. C’est le message que je suis venu vous transmettre, monsieur le président». Après quelques minutes de silence, Gbagbo lui donne cette réponse énigmatique : «Si tu penses qu’on ne peut pas gagner, je comprends. Mets-toi en relation avec Blé Goudé pour voir la faisabilité de ce que tu viens de me dire. La discussion est terminée, rentrez chez vous».

L’ATTAqUE DE SA RéSIDENCE, DEUx hEURES PLUS TARD

Philippe Mangou ressort de la résidence, tout confus. Comment le président peut-il lui demander de se mettre en rapport avec Blé Goudé pour étudier « la faisabilité » de ce qu’il a dit. N’est-ce pas à lui Gbagbo de prendre la décision qui s’impose ? Avec ces questions dans la tête, Mangou décide de rentrer chez lui. Depuis plusieurs jours, ne se sentant pas en sécurité, il ne dormait presque plus dans sa résidence d’où il avait fait évacuer sa famille. Mais, chemin faisant, il change d’idée et retourne à son bureau à l’état-major. Objectif ? Echanger avec ses collaborateurs sur place, sur le sens de la réponse de Gbagbo. Il n’a pas fini de rendre compte de sa rencontre avec l’ancien chef de l’Etat, qu’il est informé de l’attaque de sa résidence privée à Yopougon- Andokoi. Entre sa rencontre avec Gbagbo et l’attaque de sa résidence, l’ancien chef d’état-major réalise qu’il s’est passé exactement deux heures. C’est exactement à 2heures 30 minutes du matin que les assaillants, tous des miliciens, ont attaqué la résidence. Au début, Philippe Mangou pense à une attaque du commando dit « invisible » qui faisait des misères aux ex-Fds du côté d’Abobo. Mais après avoir entendu le récit d’un des éléments qui gardaient sa résidence, l’ex-chef d’état-major avait réalisé ce à quoi il venait d’échapper. Et c’est l’un de ses proches encore en service sous le pouvoir Ouattara qui se confie à « L’Eléphant » : « Au départ le général pensait que c’était une attaque du commando invisible. Mais un de ses éléments sur place lui a expliqué qu’il s’agissait plutôt de miliciens, une quinzaine de personnes portant toutes des tee-shirts de couleur rouge. Et avant d’ouvrir le feu, il y a eu d’abord des échanges. L’un des miliciens a demandé où était le général ? Et l’agent lui a répondu que le général était en séance de travail avec le président Gbagbo. En colère devant cette réponse, un des assaillants a répondu : « c’est faux, il n’est pas avec le président, c’est un traitre ! » Et ils ont ouvert le feu. Il y a eu cinq morts parmi les gardes. Les autres, ils étaient 15 à surveiller la résidence, ont réussi à s’échapper. C’est ce récit qui a permis au général de comprendre que le coup venait de notre propre camp, mais il ne pouvait rien dire. Il a décidé de jouer le jeu».

L’INTERVIEw STRATéGIqUE DE MANGOU

Le lundi 14 mars, deux journalistes du quotidien « Notre Voie », Robert Krassault et Boga Sivori obtiennent une interview avec le général Mangou. Aux questions des journalistes, Mangou donne des réponses convenues. «Notre Voie» : «Mon Général, nous voici auprès de vous, chez vous à votre domicile, parce que nous avons appris que vous avez été attaqué ce matin. Est-ce que vous pouvez nous décrire les faits ?» Général Philippe Mangou : « Il faut dire que les faits se sont passés un peu loin de mon domicile. C’est à partir du carrefour, et puis du premier pont où nos éléments qui étaient de faction ont été pris à partie par des individus qui sont arrivés à bord de taxis et de gbakas. Nos hommes ont riposté énergiquement. Ces individus ont pris la direction de la ville. Et puis, ils avaient d’autres éléments du côté du château d’Andokoi. Ceux-là aussi se sont joints à la partie. Avec la riposte, il y en a qui se sont enfuis dans la forêt. On a pu, à l’aide de canon 90 et de mortiers, traiter ces éléments. Cela a duré environ 4h. De 6h jusqu’à 10h30. On a encore entendu, aux environs de midi, des tirs sporadiques par-ci par-là. Mais le calme est revenu entièrement». « Notre voie» : «Et comment vous sentezvous ?» Général Philippe Mangou : «Oh bien! Ça ne m’a pas ébranlé du tout. Encore moins ma famille. Nous sommes restés sereins. Mon épouse était en prière pendant que je dirigeais les opérations. Et cela s’est très bien passé». «Notre Voie» : «Vous avez vous-même dirigé les opérations ? » Général Philippe Mangou : «Bien sûr.

J’étais en contact avec mes éléments qui étaient sur le terrain. Je leur donnais des instructions. Mais en même temps, je dirigeais aussi ce qui se passait du côté d’Abobo parce que Filtisac venait d’être attaquée. Donc j’étais en contact avec le Général Détoh qui est le chef des opérations à qui j’ai pu donner des instructions. Donc, on a géré l’ensemble». « Notre Voie » : «Tout à l’heure, nous disions : “Nous voici auprès de vous”. Vous avez certainement dû soupçonner ce que nous voulions dire. Tantôt on nous dit que vous êtes au 43ème Bima, tantôt au Golf…». Général Philippe Mangou : « Les Ivoiriens sont un peu faiseurs de rumeurs. Plusieurs fois, je suis passé à la Télé pour leur dire de mettre un terme aux rumeurs. Avec des rumeurs, on a peur, on dit des choses et on se fait peur à soi-même. Alors, un chef d’état-major qui se rend au 43ème Bima ou qui franchit la frontière du pays pour se retrouver dans un autre pays, cela va forcément se savoir. La presse n’allait pas se taire sur ce genre de chose. Et même le gouvernement n’allait pas se taire là-dessus. On allait apporter automatiquement la nouvelle à la connaissance de la population. Non, non et non. Je suis en place. Je n’ai pas bougé du tout.

Je n’irai jamais au 43ème BIMA. Mon chef, celui même qui est le chef des armées, dit que s’il doit mourir, qu’on vienne le tuer dans son palais. Je lui emboîte le pas pour dire la même chose. Si je dois mourir qu’on vienne me tuer, ici, dans mon pays». «Notre Voie» : « Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choï, disait, ce matin même sur une radio internationale, que les militaires de Côte d’Ivoire ne sont plus motivés… ». Général Philippe Mangou : « Il raconte sa vie. Que nous ne sommes pas motivés, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas lui qui commande l’armée. Nos hommes sont motivés et ils font leur travail comme il se doit. Nos hommes sont encore à Abobo. Nos hommes sont dans les différents points et ils travaillent comme il se doit avec beaucoup de courage. Et nous louons le mérite de nos hommes. S’il y a quelqu’un qui doit apprécier la valeur de nos hommes, c’est bien moi, le chef d’état-major. Ce n’est pas Choi qui commande l’armée». Les journalistes de « Notre Voie », après avoir entendu ces paroles fortes, sont repartis sans doute réconfortés. L’interview a été publiée le mardi 15 mars. Sauf que quelques heures après leur départ, soit exactement à 18 heures, Philippe Mangou a reçu un coup de téléphone révélateur. Au bout du fil, le vice-chef d’état-major, l’amiral Vagba Faussignaux. Ce dernier qui depuis le début de la crise post-électorale jouait en réalité le vrai rôle de chef d’état-major, lui dit, aussi sec : «Tu es allé voir Gbagbo pour lui demander d’abandonner ? On a compris que tu n’es plus avec nous». Avant de raccrocher, sans laisser Mangou placer le moindre mot. A partir de cet instant, les choses vont radicalement changer dans la tête du général. Plus préoccupé par sa propre survie ainsi que celle des membres de sa famille, il va réfléchir sur les moyens à mettre en oeuvre pour se retrouver chaque fois hors de « portée des tirs provenant de son propre camp ». Le même jour, Mangou est convoqué par Simone Gbagbo à la résidence. Mise au courant de leur conversation de la veille par Gbagbo, Simone était rentrée dans une grande colère. C’est par cette question qu’elle accueille le général, sous les yeux de Gbagbo : «C’est toi qui demande à Gbagbo de se retirer ? Toi qui n’étais rien ? On t’a tout donné et c’est toi qui veux nous trahir ? J’ai toujours dit à Gbagbo de se méfier des individus comme toi.

Tu n’es qu’un pauvre type». Ebranlé, le général cherche du secours auprès de son chef, mais le secours ne viendra pas. Gbagbo ne dira pas un mot. C’est donc en « lambeaux » que Philippe Mangou sortira de la résidence. LE 30 MARS 2011, MANGOU éChAPPE à LA MORT Alors que les forces pro-Ouattara sont à seulement 100 kilomètres d’Abidjan, les ex-Fds, pour la plupart, sont chez eux. Dans les casernes, il y a plus de miliciens et de mercenaires libériens que de vrais militaires. Philippe Mangou se retrouve en terrain « ennemi ». Il ne donne plus aucun ordre. Tout se passe désormais entre le général Dogbo Blé (commandant de la garde républicaine), Vagba Faussignaux et Laurent Gbagbo. Depuis le dimanche 13 mars, Gbagbo n’avait plus adressé la parole à Mangou. Ce dimanche 30 mars, les Frci, aux alentours de 23 heures, sont aux portes d’Abidjan. Philippe Mangou est informé par un « contact » personnel qu’un commando est en mouvement vers l’endroit où il avait caché sa famille. L’objectif est de prendre sa famille en otage afin de l’obliger à rester aux côtés des autres généraux et de prévenir ainsi une éventuelle défection de sa part qui pourrait avoir un impact désastreux sur le moral des troupes. Dans les minutes qui suivent l’appel de son contact, Mangou débarque à la résidence de l’ambassadrice de l’Afrique du Sud avec femme et enfants. Le 31 mars au matin, l’Afrique du Sud publie un communiqué : « Le gouvernement sud-africain souhaite informer du fait que le chef d’étatmajor de l’armée, le général Philippe Mangou, des Forces de défense et de sécurité (FDS), a trouvé refuge la nuit dernière dans la résidence de l’ambassadeur d’Afrique du Sud en Côte d’Ivoire, Mme Zodwa Lallie. Le général s’y trouve en compagnie de sa femme et de ses cinq enfants ». Précisait le communiqué. Mangou restera à la résidence de l’ambassadrice jusqu’au 3 avril 2011. Date à laquelle l’on le reverra aux côtés du général Kassaraté, à la résidence de Laurent Gbagbo. Qu’y était-il allé faire ? Ahoua Don Mello, le porte-parole du camp Gbagbo, dira, à propos de cette apparition aux côtés de Gbagbo : « Le général Mangou s’est présenté à ses autres collègues militaires sur le terrain. Mais on ne sait pas si c’est une volonté de reprendre la tête des affaires. Je n’ai pas suffisamment d’informations.

Mais je l`ai vu aujourd`hui (dimanche) à la résidence du président Gbagbo avec ses collègues. Il s`exprimera lui-même, peut-être demain». Mais Mangou ne s’exprimera pas. Interrogé par «L’Eléphant», notre officier proche de Mangou n’a pas voulu s’étendre sur la question : « Ce qu’il a dit à Gbagbo quand il est ressorti de l’ambassade d’Afrique du Sud, c’est un secret d’Etat. Tout ce que je peux dire, c’est que le lendemain 4 avril, Nicolas Sarkozy a ordonné à la Licorne de détruire tout ce que nous possédions comme armes», a-t-il dit. C’est suffisant pour comprendre la suite, non ? Le 12 avril, soit 24 heures seulement après la chute de Laurent Gbagbo sous une pluie de bombes françaises, les généraux Philippe Mangou, Kassaraté (ex-commandant supérieur de la gendarmerie), Detoh Letoh (excommandant des forces terrestres), Touvoly Bi (ex-chef d’état-major particulier de Laurent), se rendront au Golf Hôtel pour faire allégeance au nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara. Kassaraté est aujourd’hui, ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal et Philippe Mangou fait de la diplomatie du côté du Gabon. « L’Eléphant » aura peutêtre un jour l’occasion de lire leur « journal de guerre ». Rompez !

SOURCE:IVORIAN.NET

23:58 Écrit par BODO | Lien permanent | Commentaires (0) | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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